Publié le 9 Février 2015

Ici s'arrête Rouen Chronicle, rubrique commencée en 2008 et dont Félix Phellion était l'unique auteur. Celui-ci repose désormais quelque part, entouré de livres et de dossiers. Sans doute, y cultive-t-il son goût pour l'inachevé, le ressentiment et le perpétuel retour des choses.

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Publié le 7 Février 2015

La question du jour : où va-t-on mettre le squelette du cardinal de Joyeuse ? Ce débat passionne-t-il ? Moi, oui. Et aussi ceux chargés de déménager ce qui reste dudit. Logé depuis près de deux siècles dans la chapelle du lycée Corneille, ce faiseur de rois et de papes, est prié (façon de dire) d’aller voir ailleurs si j’y suis. La faute à la musique baroque, lui qui en fut si friand.

En attendant, plusieurs possibilités sont offertes aux décideurs. Après l’avis d’un comité d’experts, quatre sites ont été retenus. D’abord le futur mémorial Jeanne d’Arc situé on sait où. Hypothèse séduisante, mais on a argué (avec raison) que le public pourrait confondre Joyeuse avec Cauchon. Dès lors, il faudrait expliquer, argumenter, mettre les points sur les i, d’où un risque de soupçon traversant les mauvais esprits. Mais alors, si c’est pas lui, pourquoi il est là ? Admettons un guide (débutant ou pas) perdant ses moyens, le doute envahir les esprits, ça ni le moment et ni le lieu. Pas de vagues, pas de vagues !

Deuxième lieu retenu : le sous-sol des Nouvelles Galeries, rue Grand-Pont. On le sait désert, central et accessible aux handicapés. Si entente de la maison-mère a été trouvée, la faisabilité (quel mot !) s’est heurtée à une opposition du personnel rouennais. Par un référé déposé par ses délégués syndicaux (la CGT, toujours !) on a fait valoir un droit de retrait fondé sur le règlement intérieur. Un obscur article, écrit petit, stipule qu’on ne saurait exposer un corps d’archevêque à proximité d’un comptoir de sous-vêtements féminins. Chacune des parties, représentées par des avocats de renom, a remis ses conclusions. Jugement dans le premier trimestre de l’année prochaine.

Troisième lieu, et celui-ci a toutes chances d’être retenu, le fameux panorama XXL, dit aussi la Tour à Zizi. Certes, à l’origine, il était prévu pour un autre usage. Or, de récents sondages prédisent une faillite à terme. Il paraîtrait donc urgent de s’acheminer vers une porte de sortie. Dans cette perspective, on pense que de menus travaux permettraient d’exposer le sarcophage au centre du cylindre, ce qui permettrait au public d’en faire le tour. Cela pourrait donner à l’ensemble un air « tombeau de l’Empereur aux Invalides ». On peut même imaginer qu’il soit possible d’appliquer un billet d’entrée dit « couplé ». Contactée, l’ambassade de Chine populaire a donné son accord.

Laissons pour mémoire le quatrième lieu pressenti, la crypte de l’abbaye de Saint-Georges de Boscherville. Dommage. D’emblée, elle avait tout pour plaire : institution sérieuse, monument chargé d’histoire, cadre agréable. Pourquoi s’est-on privé de cette solution ? Rouen Chronicle le révèle aujourd’hui. On sait le président du conseil régional amateur de tables tournantes. Par une initiative malheureuse (il n’en est pas exempt), il a cru bon d’interroger un personnage connu, paraît-il inhumé au même endroit. Trois coups oui, cinq coups non, la réponse d’outre-tombe n’a pas tardée : ce fut niet. Nouvelle déconvenue pour l’exécutif, contraint de se rabattre sur un pis-aller et revenir sur des promesses hasardeuses. Pauvre Normandie !

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Publié le 7 Décembre 2014

De nouveau, le cardinal de Joyeuse (1692-1615). Né à Carcassonne, mort à Avignon, il repose à Rouen. Où ça ? Dans la chapelle du lycée Corneille (voir nos éditions du 1er décembre). Ça n’est pas drôle pour un méridional de vivre son éternité dans une ville où il pleut tant. Encore que, de récente facture, ces choses là ne sont plus ce qu’elles étaient. Chaque jour, in the tv, on voit pleuvoir là-bas et faire soleil ici. Mais François de Joyeuse s’en tamponne. Il n’a pas la télévision et de l’intérieur de la chapelle, il ne voit qu’à peine de pluie et pas trop le soleil.

Qu’est-ce que c’est que ce feuilleton sur le cardinal de Joyeuse ? Ce qui m’amuse, c’est qu’un homme mort en 1615 (dont on n’a rien à dire, ni en bien ni en mal) fasse l’actualité. Je crois me souvenir qu’on avait déjà parlé du pieux cardinal il y a une dizaine d’années. C’était au temps où, au-dessus de la chapelle et du lycée, on s’occupait de l’ancien couvent des Dominicains, bâtiment resté vide après le départ de nos bons pères. En haut lieu, on s’avisa que les lieux, d’une rare qualité, siéraient à une institution en rapport. Pas la caisse d’allocations familiales, ou celle des pensions aux handicapés bien sûr, mais quelque de chose de plus, comment dire, de moins, enfin vous voyez.

Qui autour de la table prononça : les affaires culturelles peut-être ? Un stagiaire ? Possible. Ils ont parfois de drôles d’idées. Toujours est-il que, chose dite, chose faite, on acheta à la hiérarchie propriétaire, couvent, jardin, cloître, chapelle, caves et même, tenez, la statue là, pas cher. Le tout dix mille, signez là. J’ai fait une affaire dit le maquignon du ministère. Un cheval comme ça, d’habitude, c’est vingt mille. Et sans la selle.

On s’installe quand ? demandèrent les Draqueux ? Lundi en quinze. Et le papier à lettres qui n’est pas prêt ! Comme adresse on met quoi ? L’adresse normale, 10 rue de Joyeuse. Un débat s’engagea. Rue de Joyeuse, ça fait un peu, comment dire, enfin vous voyez, vous comprenez, Joyeuse. Hi, hi ! Quoi, joyeuse, hi hi ? Mais enfin, ça fait lala lalère, hou hou. Bon, pourquoi pas alors : rue du Cardinal de Joyeuse, avec des majuscules. Ah oui, classe, tout à fait nous.

Et un autre dix mille pour le papier à lettres. Plus faire rire aux dépens quand la chose se sut. Même la presse nationale en parla. Quand la nationale parle de Rouen, c’est qu’il y a de quoi rire. Or, au ministère, on ne déjà riait plus. On n’a plus d’argent pleurnichait le ministre. Que faire ? Impossible de rogner sur Paris, on rognera sur Rouen.

Adieu chapelle, jardin, cheval, et même la selle. Les hou hou, vous resterez sur la rive gauche. On revendit le couvent, les Draqueux se serrèrent un peu plus, et la rue de Joyeuse resta sans Cardinal. Fin de l’histoire ? Non, il y a une suite. Drôle ? A peine moins.

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Publié le 3 Décembre 2014

On semble s’activer du côté de la chapelle du lycée Corneille. Après des atermoiements d’ordre esthétique, les travaux ont repris. Dare-dare, presque. C’est que la musique n’attend pas. Bientôt, là où Pierrot le rimailleur communiait en veux-tu en voilà, on jouera de l’épinette et de la mandoline. Seulement, voilà, ça ne sera pas sans y laisser des regrets. D’abord celui d’avoir à s’occuper du cardinal de Joyeuse. Du moins, de son squelette.

Trois mots sur ce cardinal ? Il en faudrait plus pour vous retenir ici. Sachez qu’il fut fameux dans sa partie et, comme aurait dit Pierrot, que c’était un gars qui savait naviguer. Pensez, un type qui était à tu et à toi avec Grégoire Treize, Henri Trois, Henri Quatre, Urbain Sept, Grégoire Quatorze, Innocent Neuf, Clément Huit, Léon Onze, Paul Cinq, Louis Treize et encore un tas de gens sont les noms s’écrivaient alors en chiffres romains. Un tel homme devait être une tête (une tronche) et pas un à qui on marchait sur les pieds.

Il n’empêche. Nos élus républicains n’en ont cure (ce qui, en l’occurrence). Ils ont résolu, puisqu’il est mort, de déplacer notre homme Du moins, son tombeau. Comme celui-ci est en gros marbre bien dur, ils se feront aidé par un maçon (ce qui, en l’occurrence). Ai-je oublié, pour une bonne compréhension, de vous dire mon cardinal est inhumé dans la chapelle dont je vous parlais au début ? Enfin, si oui ou si non, ce tombeau gêne. Il n’a pas gêné pendant des siècles, mais maintenant oui, il gêne.

C’est que, pour écouter Bach ou Laverne (ce qui jamais ici n’arrivera), il faut que chacun puisse mettre son paletot au vestiaire et puisse se laver les mains. Du moins, quand le besoin s’en fait sentir. Or, simple exemple, à l’auditorium, il est hors de question de pisser dans un violon. Il faut donc des water-closets (ça ne se dit plus). Or, a priori, une ancienne chapelle en est dépourvue. L’architecte en a vite convenu : va pour des cabinets (ça se dit encore moins) et un porte-manteau (dit aussi perroquet). Pour ce faire, de Joyeuse en cadavre gêne.

Virez moi ça ! aurait dit l’élu, en parlant du tombeau. Ça coutera ce que ça coutera. Au fait, que contient-il ? Pas grand-chose car François de Joyeuse, fut inhumé en plusieurs morceaux, son cœur à Avignon, son corps à Pontoise. Quelle histoire ! Mais à Pontoise aussi, il gênait. D’où, après conciliabules de prêtres, un autre déménagement. En langage noble : une translation. Direction Rouen.

Cet épisode, dans l’attente de mieux, se passait en 1779. Ici, le corps fut logé dans un séminaire que le mort avait fondé. Mais, en 1826, revirement, on re-translate. Du séminaire cette fois à la chapelle du lycée. Pour l’occasion, les puissants cassèrent leur tirelire et mirent ce qui restait de notre héros dans le magnifique tombeau que l’on sait. Et qu’on va donc déplacer. Encore et encore.

Quelque chose me dit que l’histoire n’est pas terminée. Dans un prochain épisode, on verra comment et pourquoi.

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Publié le 29 Novembre 2014

Les plus anciens d’entre nous (mais là, les vraiment plus anciens) se souviennent de la grande enseigne en forme de lyre qui longtemps figura en point de repère sur l’île Lacroix. Elle localisait une sorte de music-hall réputé, La Lyre. Je vous épargne le début, l’historique et la fin de la chose. Que d’autres s’y collent, pas le temps. Pas le goût, non plus. Disons que ladite lyre (toute de ferraille) disparut en 1965. Ça ne date pas d’hier. Encore moins d’aujourd’hui. De demain peut-être ? Il faut toujours penser à la jeunesse.

Ainsi qui nous dira si, en 2064, un ancien jeune se souviendra d’un grand cylindre de ferraille qui ornait les quais, un peu à la hauteur de l’ancienne préfecture (car elle aussi aura disparu). Ce cylindre en forme de baril de pétrole abritait un genre de panorama de toiles peintes. Quelque chose d’ancien qu’on voulait remettre à la mode. Lancé à grand renfort de communication institutionnelle, ce spectacle ne trouva pas sa place dans le paysage culturel local. Un temps reconverti en rotor (attraction foraine elle aussi oubliée), il servit pendant deux décennies de hangar pour la Société Protectrice des Animaux (les chiens en bas, les chats en haut) puis, prenant l’eau, fut démoli.

C’était en 2036 (ou 37 d’après d’autres sources). C’est loin. Depuis, la force publique a moins de goût pour les initiatives oiseuses. Il est vrai que les événements de 22 et 29 sont passés par là. Dès lors, que dire ? Qu’il n’y a plus de music-hall, plus de toiles peintes et plus de Société Protectrice des Animaux. A présent, on réfléchit et on s’applique. On prend son temps. Toujours. C’est le maître mot : il faut temporiser. Rien ne presse. Ceux qui connurent les anciens temps disent que ça allait plus vite ; ils ajoutent : autrefois. On croit qu’ils se vantent.

Oui, la ville a changé. Elle change. Par exemple, on coupe les arbres. De la fenêtre de ma salle de bains, je pouvais apercevoir un gros arbre rond. Loin, là-bas, au-dessus des toits. Il me paraissait gigantesque, ce qui ne sert à rien. Les tronçonneuses en sont venues à bout. Rien ne résiste à la fureur du service des espaces verts. Les prétextes ne manquent pas. Bref, me rasant le matin, je ne vois plus mon arbre. Il parait que je dois m’en consoler.

Comme je me suis consolé de la disparition de la grande lyre. C’est ce qu’on appelle vieillir. Mouais. Mais vieux depuis longtemps, je ne m’habitue pas. Sur la fin, ça semble même de plus en plus difficile. Je veux dire, les jours. Comme la barbe. Elle aussi pousse en désordre, n’importe comment, avec des buissons et des ramifications que je ne me connaissais pas. Des coupes sombres. Ça déboise, mais mal. Ajoutez à cela que je ne m’habitue pas la mousse à raser en gel. Trois bombes d’avance ! Une promotion, paraît-il. A ce genre de chose, Léone ne résiste pas.

Quelle ville et quelle vie ! Sur le tard, rien ne m’aura été épargné.

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Publié le 25 Novembre 2014

La ville devient de plus en plus amusante. Il y a peu, on a reconstitué, place de l’Hôtel de Ville, une sorte de bidonville. Ce décor, plus faux que vrai, était là histoire de sensibiliser la jeunesse au mauvais logement et à la solidarité tout azimut. Louable dessein. N’empêche, si le réalisme laissait à désirer, les sentiments étaient plus vrais que nature. C’était l’essentiel. Selon les gazettes, il paraitrait qu’on s’y est diverti de façon variée. Une fois, un peu sérieuse, une autre, un peu festive. Si l’initiative a été jugé douteuse par quelques-uns (il y a des grincheux partout), le sens commun a jugé la chose plus anodine que dérangeante. L’autorité municipale (plus municipale qu’autoritaire) a cru bien faire en autorisant ce déballage. Il est vrai qu’il n’était pas prévu pour durer et ne présentait aucun risque. Celui du ridicule, peut-être ? Pensez-vous, a répondu Yvon Robert, de ce côté-là, on est blindé.

La ville de plus en plus amusante ? A quelques centaines de mètres du précédent, on a installé un autre bidonville. Place Foch, cette fois. Plus ou moins clean celui-là. Et lui, pas sympathique du tout. Même inquiétant, un peu foutoir pour tout dire. Qui plus est, dans le genre revendicatif et jeunesse arrogante. Ce qu’en haut lieu, on déteste. Là aussi, pourtant, on voulait sensibiliser. Pour la planète en péril et l’économie hasardeuse. A deux pas de la Fédération de l’Achat des Cadres, pensez si on s’en fiche. Bref, l’initiative a été jugé douteuse par beaucoup (les grincheux, toujours !) et par d’autres, tout à fait désespérée (quoique, à y réfléchir, méritante). Au final, le sens commun a jugé la chose plus dérangeante qu’anodine. Le coup de pistolet au milieu du concert ? Oh, à peine, mais quand même. Bref, la police, prévenue par les voisins, s’est alliée aux services de la propreté municipale (plus municipale que… ) et chacun est rentré chez soi.

La ville devient de plus en plus ? Encore quelques centaines de mètres et jamais très très loin, voici le troisième bidonville. Sur les quais, cette fois. Une sorte de gigantesque bidon ferrailleux, peint en bleu (couleur préférée de qui vous savez) et visible, dit-on, de la planète Mars. Comme la muraille de Chine ? A peu près. Ce bidon se veut créatif, culturel, artistique. Il est sensé offrir au public (touristes du monde entier, unissez-vous) l’envie d’en savoir plus. Louable exigence ! Elle devrait (on n’a pas rien sans rien) lui coûter une dizaine d’euros et une crêpe au sucre. Ce bidonville, à l’inverse des deux autres, est prévu pour rester en place. C’est qu’il semble n’avoir aucun des défauts des autres, et toutes les qualités dont les autres sont dépourvues. Enfin, dit-on, car de ce côté de la barrière, l’optimisme est de rigueur. Peut-être trop.

Tout ça pour dire qu’il y a bidonville et bidonville. Confondre, c’est croire que tout se vaut. Or tout ne vaut pas. On ne saurait confondre un élu, un artiste et un anarchiste. Ou alors, si oui, ce n’est plus amusant du tout.

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Publié le 21 Novembre 2014

En consultation à la clinique. Dans la salle d’attente, la foule des grands jours. C’est le cas : prendre son mal en patience. La moyenne d’âge est importante. Si la jeunesse est malade, elle l’est ailleurs ou de façon différente. Chacun sa chaise ; les uns feuillettent des revues au delà du défraîchi, d’autres tapotent sur leurs mobiles réputés portables, quelques-uns (plusieurs) lisent, ayant apportés, comme si cela tombait sous le sens, un livre. D’autres encore, les derniers (dont moi) attendent leur tour (lequel finira par venir).

J’écoute les conversations. Elles sont rares. L’endroit réclame un silence de chapelle. On chuchote plutôt. Les couples surtout. Comme l’assistance a dépassé la bonne soixantaine, la surdité décennale fait qu’il arrive qu’on parle haut. Du moins, un peu plus que la normale, presque comme chez soi. A trois chaises de la mienne, c’est le cas d’un contemporain argenté et un peu rouge. Pour lui, pour son épouse, aussi pour la galerie, il commente le Figaro Magazine. Je distingue mal le propos, mais devine qu’il s’agit d’apprécier, avec plus de détachement que de bonhommie, la figure d’Éric Zemmour. Tout à l’actualité.

L’épouse du commentateur, se signale par son apathie de façade. Comme il insiste, elle marmonne un jugement, qu’à distance, je perçois sans tendresse (le jugement). Au vrai, elle aime surtout qu’on se fasse remarquer. Que dirait le docteur, si. Haussement d’épaules : tournant la page, le fatalisme du mari l’emporte et de conclure : Que veux-tu, c’est un artiste comme un autre ! La parole est d’or. Sans doute, voilà le personnage en question pesé d’un bon poids. Vox Populi ! Pourquoi vouloir en découdre, on a les artistes qu’on mérite et chacun selon ses goûts.

Pourquoi n’ai-je pas pris un livre ? M’en voici consolé. Pas sûr que plongé dans Critique de la raison pratique (à supposer que, simple exemple) j’ai pu saisir au vol ce fragment de philosophie bonhomme. Oui, tous ceux qui passent à la radio ou à la télévision sont des artistes. Sans distinction. Et le souvenir qui en reste (en restera) sera d’autant plus léger. Ou anodin. Le patient de la salle d’attente a sans doute assez de soucis avec sa santé pour ne pas s’embarrasser de jugements esthétiques ou philosophiques.

Il prend ce qui vient, comme ça vient. Du reste, il connait la fin, il en est proche. La clinique Saint-Hilaire (ou d’autres) amène à une sagesse, certes contrainte, mais n’empêche pas de toucher au détachement. Que disait Blaise Pascal déjà ? Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Qu’il s’agisse d’une chambre d’hôpital n’enlève rien au débat.

Je suis rentré par la ville (si les analyses sont sans surprise, elles n’excèdent pas le médiocre) où il fait encore un temps serein. A la Croix de Pierre, le boulanger vend des gâteaux à un seul euro. Même jugement que mes analyses. Et point final d’une chronique où l’on aura appris à se méfier de l’actualité, ne fut-ce qu’à la lumière des journaux.

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Publié le 17 Novembre 2014

Il fut un temps où, lors d’une conversation à bâtons rompus, on confondait la rue des Basnage avec la rue du Bailliage, la rue du Bac avec la rue du Bec. C’était à ne pas s’y retrouver. Le calendrier des Postes seul nous départageait. Les meilleurs d’entre nous usaient de moyens mnémotechniques (quel mot !) Pour le Bac, facile : elle devait être, la rue, au plus près de l’eau. Pour le Bailliage, bernique. Celle des Basnage tient son nom d’une famille de notables (c’est Tanguy qui le dit et qui y est). Quant au Bec, on tombait dessus.

Aujourd’hui, la rue des Basnage est celle de l’Armitière. Ou encore du restaurant Maître Corbeau (pour d’autres). Rien à voir avec ce qui précède, donc. Encore que. Le phénix des hôtes de ces bois fait référence (je précise) à La Fontaine, dont il arrive que l’Armitière vende un ou deux exemplaires des fables choisies. Pas toujours, mais parfois. Au restaurant, on n’applique pas la réciproque. A tort, peut-être. J’ai connu l’Armitière, rue de l’Ecole, celle du temps où les enfants apprenaient Le Corbeau et le Renard. Cela dit en passant.

Autrefois, les lieux voués au présent Maître Corbeau abritaient une entreprise d’électricité (il me semble). Ou de chauffage ? Raison pour laquelle, sans doute, il y fait un peu frais. Sans habitude, j’y déjeune de temps à autre. C’est populaire, pas cher, bon (sans plus) avec l’impression d’être au milieu de gens pour qui je n’ai pas à m’en faire. C’est une cantine où l’on est comme transparent. Un peu à l’image d’un pâle gruyère.

La rue du Bailliage a tout perdu de son charme ancien. La faute au parking souterrain dont on a voulu ici dissimuler l’entrée. Flâner en ces lieux ? Vous n’y pensez pas. On ne dira jamais assez combien la construction du parking du palais a été un désastre. J’ai dit, ailleurs, pourquoi. On me l’a reproché. A présent, on invoque les nécessités du temps et le manque d’imagination. Faute avouée, à moitié pardonnée. Dites, la prochaine fois, votez pour moi.

On passe par la rue du Bec. On ne s’y attarde pas. Sauf, semble-t-il, à faire queue, vers seize heures, à la croissanterie dont j’oublie le nom. Pour le reste, dépêchons. Et rue du Bac ? Idem. Ce panorama des plans de la Reconstruction eut son intérêt. Il est aujourd’hui inexistant. Tout ce qui subsiste de ce quartier mériterait une entière piétonisation. Ne comptez pas sur nos créatifs municipaux. La prochaine fois, etc.

Oui, là encore, là toujours : la bagnole, la bagnole, la bagnole. Trois fois la bagnole ? Oui. L’autre jour, passant, j’ai constaté que l’antique Océanic Bar a disparu. Si la vitrine est toujours troquet, l’enseigne est placée sous une autre invocation. La précédente était déjà le fantôme d’une précédente. Mais des Lettres, du Pittoresque et de la mémoire de nos Rues, voilà que tout s’évapore. A la satisfaction générale ? Il faut croire. Comme disait mon ami Raphaël : Il ne me tarde pas de connaître l’issue de tout cela.

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Publié le 13 Novembre 2014

Dans mon jeune temps, et même après, il était admis que la gare (dite la gare rue Verte) était un bâtiment d’une extrême laideur. C’était aux temps où le Modern Style (dit aussi style nouille) défrisait le passant. C’est rien laid ! se rengorgeait le Rouennais. Au vrai, cette gare sans style véritable, si elle ne casse pas des briques, possède cependant une originalité certaine. Sachez qu’il en existe une presque exacte réplique à Limoges. En fait-on grand cas ?

Dans cinquante ans, que trouvera-t-on laid ? Pas grand-chose puisqu’on ne construit rien (toujours ici) qui puisse épater. J’en veux pour preuve le quartier Luciline qui n’a de nouveau que la conviction que mettent ses promoteurs à le vouloir tel. Pour y avoir déambulé, même au milieu des gravats, je dois reconnaître que l’ébahissement n’est pas de rigueur. Si vous vous attendiez à un futur à venir, disons qu’il sent déjà le réchauffé. Dire que dans les années Vingt et Trente, on a construit ici la gare, l’immeuble du Métropole, la défunte piscine du boulevard Gambetta, et quelques autres choses dont on ne dit plus rien !

Donc je me suis promené (façon de dire) allée (ou plutôt mail) Andrée Putman. La malheureuse ! Méritait-elle son nom ici ? Elle n’a rien fait pour. C’est contrainte qu’elle entre dans la postérité locale. Victime de la mode, de l’engouement, et surtout du toc à la sauce socialiste. Comme d’autres avant elle, me direz-vous. Les générations qui se succèdent ne sont pas fixées. Une pièce après l’autre. Quoi, qui ? D’abord, ce qui fait bien dans le décor. Dans le salon, là, accroché au mur. Je vous fais un chèque ?

Ça ne durera qu’un temps, croyez-le. Le mail Andrée-Putman deviendra une allée, une rue (à peine), et puis rien. Quand passent les poubelles ? Vous voulez rire. Ce qui président à Rouen, c’est l’utile, le rentable, puis, à condition d’avoir le temps, mais bien après, le visible plaisant (nommé parfois esthétique). Si Studio Putman il y eut c’était, n’est-ce pas, pour de bonnes raisons, celles du papier glacé. Et pis, dites, ça fait chic.

Quoique. Noir et blanc, c’est pas un peu triste ? Trop genre « avenue Junot » ? Je ne sais pas, je ne connais pas. Donc, oui, l’autre matin, dans le quartier, au pied d’un de ces immeubles sans âge mais qu’on découvre déjà vieux, au milieu des cartons, des rebus de chantier et de quelques canettes, il y avait un petit chat. Perdu, miauleur, une minuscule peluche. L’orphelin de la rue Putman ! Je suis d’un âge à jouer les Léautaud, lequel au sortir du Mercure, aurait couru chercher une tranche de foie chez le boucher.

Un boucher à la Luciline ? Pas à ma connaissance. Voilà pourquoi, ce vendredi, noir et blanc pour noir et blanc, il fallait passer son chemin. Hausser les épaules et faire semblant. Semblant de quoi ? De regretter que la vie qui est se charge moins du monde que ne le faisait l’ancienne. Enfin, de mon point de vue.

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Publié le 9 Novembre 2014

Faut-il revenir sur la fontaine Sainte-Marie ? Cette figure plastique ne séduit plus personne. On sait qu’elle date de la fin du XIXe siècle, du temps d’un maire oublié nommé Barrabé. Cet enseignement offre à Yvon Robert une bonne raison pour ne plus rien inaugurer. Sagesse des élus ! Notre dite fontaine est tout symbole. L’eau, ses enfants, un cheval, un bœuf (l’élevage et l’agriculture), les arts, les lettres, les sciences, une majestueuse déesse figurant la ville… Nous sommes devant l’attirail d’une époque où l’on croyait autant au passé qu’à l’avenir.

Vous dire si on est loin de tout ça ! Et loin de l’art de Falguière, le sculpteur du tout. Ce dernier, méridional, admirateur de Gambetta, est aussi l’auteur de la statue de Jean-Baptiste de la Salle qu’on peut voir place Saint-Clément. Aucun rapport. Un peu l’auteur, il me semble, d’une sculpture qui ornait autrefois la brasserie de l’Alhambra lorsque celle-ci était encore debout. L’œuvre n’est-elle pas à Orsay ? Tout ça à vérifier. Bof, si cette chronique vire au bulletin des Amis des monuments rouennais, me voilà frais !

C’est d’autre chose dont je voulais vous parler. Plus immatériel. C’est que je songe à faire du rangement chez moi. Surtout à me débarrasser de mon encombrante bibliothèque. Mon neveu Jérôme ne lit rien (du moins, qui vaille à mes yeux) et la fille de Léone, étudiante prétentieuse (elles le sont toutes) répugne à ouvrir des livres qui sentent la grand-mère (dixit). Elle est polie, elle ne dit pas qui sentent le grand-père. Elle n’aura rien. Ou si peu.

Je suis allé sonder quelques bouquinistes locaux. Belle engeance ! Celui de la rue Beauvoisine n’achète rien ou à des prix dérisoires. Un autre, rue Cauchoise, le prend de haut. Il ne vaut que des auteurs (je serais bien en peine de lui en fournir). Place de la Calende, on a été effrayé du volume que ça représentait. Meilleur accueil chez Elisabeth Brunet (rue Ganterie) où l’esprit des lieux a quelques accords avec la culture telle que je l’entends.

Les autres me font l’effet de commerçants sans objet. Ils vendent des livres anciens (sont-ils propres au moins ?) mais ça pourrait être de vieux chaussons, des cadres à garnir, des sommiers à retaper. Le reste à l’avenant. Ce qui les guide : leurs belles carrières de brocanteurs. J’ai toujours voulu faire ça. Au passage, notons que ces professionnels ont une piètre opinion de la clientèle. Le plus aimable m’a indiqué d’un air désolé : Saint-John-Perse ? Ça ne se lit plus. Sentence dogmatique (même si). Je crois surtout qu’il reculait devant mes éditions originales.

Une, d’Oiseaux, doit valoir pas mal. Dites, douze eaux-fortes de Braque. Eh, ben, à Rouen, niquedouille. On n’a pas la clientèle. Comme esprit fort, j’irai donc déposer mon exemplaire aux pieds de la statue de Falguière. L’homme aimait les jolies femmes et les animaux de belle stature. Mes oiseaux feront contraste. Qu’est-ce que c’est que ça s’exclamera le gardien. Et Yvon fera débarrasser la place. Les forces de police ? Pensez-vous, le service des encombrants.

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